De retour sur le banc de l’équipe nationale féminine, Cheikh Sarr a été rapidement jeté dans le bain avec les éliminatoires de la Coupe du monde, disputées du 11 au 17 mars à San Juan (Porto Rico). Le technicien analyse à froid la participation et annonce des renforts en vue des prochaines échéances. Il s’est également penché sur le cas de Cierra Dillard, la grande absente de cette fenêtre FIBA.
Quel bilan faites-vous du tournoi de San Juan, où le Sénégal a raté la qualification au Mondial ?
Il faut savoir que ce genre de fenêtre FIBA est plus favorable aux équipes prêtes, compétitives et en bonne santé. Nous n’étions pas dans ces standards. Cette compétition nous a montré que nous avons des écarts à combler. Le bilan reste instructif, avec quelques points positifs, notamment l’esprit d’équipe, la progression mesurable de certaines joueuses et, par moments, une meilleure compréhension défensive. Cependant, nous avons encore beaucoup de points à améliorer, surtout la constance offensive, la gestion des possessions et l’efficacité dans les transitions. Nous allons déjà prendre des mesures immédiates à travers une analyse vidéo détaillée, afin de faire des comparaisons avec nos adversaires directs lors des prochaines compétitions et corriger les lacunes constatées.
L’équipe a terminé avec la plus faible attaque (240 points inscrits, soit une moyenne de 48 par match). Comment expliquez-vous ce faible rendement offensif ?
Je pense que plusieurs facteurs peuvent l’expliquer, notamment l’adaptation à un nouveau style de jeu, à un système offensif différent et à des adversaires spécifiques lors du tournoi. Nous avons, par exemple, inscrit plus de points contre les États-Unis que lors de notre dernière confrontation pendant les qualifications aux Jeux olympiques, avec une équipe pourtant au complet. Il y a également eu un manque de communication, des choix de tirs sous pression et une prise de décision parfois trop lente en attaque placée. À cela s’ajoute la variabilité dans la productivité des postes extérieurs et intérieurs, notamment avec les blessures de Didi Kane, Aminata Ly et Sabou Gueye, qui ont été diminuées tout au long de la compétition.
Il s’agit maintenant de renforcer les situations de tirs ouverts, surtout à trois points, afin de diversifier les options offensives. Nous devons aussi améliorer la mobilité sans ballon et les coupes vers le panier pour créer des espaces, tout en mettant l’accent sur des exercices dédiés à la prise de décision rapide sur les écrans et les choix de passes. Il y a du travail à faire.
Êtes-vous satisfait du rendement de vos joueuses pour cette première campagne ?
Je ne peux pas être satisfait lorsque je constate une irrégularité sur le plan offensif et défensif, un problème de leadership sur le terrain et une absence de maîtrise dans la lecture du jeu sous pression. Il est arrivé le moment de consolider la base de l’effectif et de définir des responsabilités claires pour chacune.
Beaucoup d’observateurs pointent du doigt le niveau des joueuses. En dehors de Khadija Faye, qui évolue en Liga Endesa, les autres jouent dans des championnats jugés moins relevés. Est-ce un handicap pour tirer le maximum de votre groupe ?
C’est une réalité perceptible, car le niveau des clubs influence le rythme, la compétitivité et l’expérience internationale. Mais il nous faut une stratégie compensatoire, puisque nous ne pouvons pas changer cet état de fait. Nous n’avons pas de contrôle sur le lieu ni le niveau où évoluent les joueuses.
En revanche, nous pouvons mettre en place un programme d’entraînement collectif intensif, avec des matchs amicaux internationaux réguliers, développer des séances spécifiques de progression individuelle (shooting, prise de décision, etc.), tirer parti des ressources locales et des échanges avec nos partenaires de la diaspora afin d’augmenter la qualité de l’effectif.
Peut-on s’attendre à des renforts ? Quelles sont les joueuses ciblées ?
Oui, nous sommes très ouverts à des renforts potentiels en fonction des performances en club et de critères de sélection précis : l’impact défensif, la qualité du tir extérieur, ainsi que la polyvalence offensive et défensive. Je ne peux pas donner de noms, mais il s’agira de joueuses disposant d’une expérience internationale, capables d’évoluer à plusieurs postes et dotées d’un tempérament compétitif. Lors des prochaines étapes, il sera également question d’identifier des talents émergents en club, d’organiser des sessions d’évaluation, puis d’intégrer progressivement des joueuses susceptibles de compléter le groupe existant.
L’absence de Cierra Dillard à San Juan a été très remarquée. Êtes-vous en contact avec elle ?
Le dernier contact personnel remonte à avant la compétition. Toutefois, nous reprendrons prochainement les échanges afin d’évaluer son intérêt, sa disponibilité et son éventuel ajustement au groupe. Il s’agira également de discuter des conditions de participation, du planning, des rôles et exigences physiques pour déterminer si elle peut continuer à apporter une réelle valeur ajoutée.
Peut-on dire qu’elle reste l’arme offensive de l’équipe ?
Évidemment, Cierra Dillard est une pièce clé dans notre rotation offensive lorsqu’elle est présente. Mais nous devons aussi nous appuyer sur un jeu offensif et défensif équilibré. Il nous faut développer d’autres armes offensives, une meneuse distributrice, des arrières scoreuses, un intérieur finisseur afin de ne pas dépendre d’un seul élément et éviter ce qui s’est déjà produit par le passé. Si elle rejoint le groupe, elle renforcera notre capacité à changer le rythme et à créer du scoring. Toutefois, nous continuerons à privilégier une approche collective et variée.
Pascal GOMIS














