La 3ème et dernière fenêtre des éliminatoires de l’Afrobasket masculin, organisée à Rabat en février, a été l’occasion choisie pour réaliser cet entretien, dans le hall de l’hôtel Majliss. Le rendez-vous a été fixé à 17h00 (16h00 GMT). Il a pris cinq minutes de retard à cause d’une visioconférence. Vêtu d’un blouson confectionné par Majestee, équipementier de la Fédération sénégalaise de basketball (FSBB), El Hadji Omar Brancou Badio « Papi », a retracé pendant 15 minutes ses débuts en sélection nationale, l’influence de Gorgui Sy Dieng, Xane d’Almeida et sa progression. Meneur et capitaine d’équipe, il est revenu sur les éliminatoires de l’Afrobasket masculin, où le Sénégal a été reçu 6 sur 6, avant de se projeter sur les objectifs en Angola. À 26 ans, Brancou Badio n’a pas manqué toutefois d’évoquer son parcours de Saltigué à Valence. Rôle model, il invite les jeunes à allier études et sport.
Vous allez fêter vos 7 ans en sélection le 29 juin prochain. La première, c’était contre la Centrafrique avec 0 point, 0 rebond et 0 passe. Avec le recul, comment analysez-vous votre parcours ?
Je peux dire que j’ai gagné beaucoup d’expérience. J’y ai côtoyé des joueurs comme Xane d’Almeida, Gorgui Sy Dieng, Mouhammad Faye, Mamadou Lamine Sambe et Youssou Ndoye. Ces deux derniers sont toujours là. Ils m’ont beaucoup aidé et conseillé dans mon évolution. Ils m’ont facilité la tâche dans la sélection.
Qu’avez-vous ressenti lors de votre premier match en équipe nationale ?
J’étais très content vu que je n’avais que 17 ou 18 ans. En ce moment-là, j’avais quitté l’Espagne pour jouer une saison au Saltigué. C’est de là qu’on m’a appelé pour l’équipe nationale. J’étais donc très content de cette sélection. Je ne jouais qu’au Saltigué et je me retrouvais avec des joueurs comme Xane d’Almeida, Gorgui Sy Dieng… Pour moi, c’était un grand exploit d’être parmi eux. Cela m’a motivé à redoubler d’efforts en m’entrainant dur pour aller le plus loin possible.
Et votre première nuit dans la Tanière ?
C’était bien dans l’ensemble parce que les « grands » m’ont bien accueilli et encadré. J’étais traité comme un rookie. Ils étaient tous gentils. Ce n’était pas compliqué d’autant plus qu’il y avait aussi Pape Moustapha Diop, qui est toujours dans la Tanière. On a été mis dans le bain. Tout était vraiment cool.
En sélection, vous avez côtoyé Gorgui, Xane ou encore Youssou Ndoye. Qu’est-ce qu’ils vous ont apporté de plus ?
Ils m’ont apporté beaucoup d’expérience. Ils m’ont fait comprendre comment bien représenter son pays en donnant tout. C’est un engagement, une responsabilité et une fierté de représenter à chaque fois les couleurs nationales. Ils m’ont aidé à savoir un peu plus les valeurs et l’importance de la sélection.
Remplaçant en 2018, vous êtes aujourd’hui le métronome de cette équipe. Peut-on dire que Brancou a mûri ?
Je peux dire que j’ai beaucoup grandi. Entre 2018 et le niveau que j’ai aujourd’hui, j’ai beaucoup grandi même s’il me reste encore des échelons à gravir. On prie chaque jour Dieu de nous améliorer. On s’entraine pour s’améliorer de jour en jour ; c’est le principal objectif. J’ai beaucoup grandi mais il y a encore beaucoup d’autres étapes à franchir pour continuer de grandir parce que le basket n’est pas une petite chose. J’ai quitté Saltigué pour retourner dans l’académie en Espagne, avant de signer ensuite au Barça et aujourd’hui je joue avec Valence en EuroCup. Je peux dire donc que j’ai beaucoup progressé. Je prie Dieu de continuer de progresser.
Il y a beaucoup de jeunes comme Ousmane Ndiaye qui ont intégré cette équipe nationale. En tant qu’ancien comment vivez-vous cela ?
On les accueille de la meilleure des manières, comme l’ont fait les Xane et autres avec nous. On leur fait comprendre que ce sont leur talent et leurs atouts qui leur ont permis de rejoindre la Tanière. Qu’ils ne doivent pas avoir peur ou ne pas se lâcher en ne voulant pas faire d’erreurs alors qu’on ne peut pas jouer au basket sans faire des erreurs. Rester naturel sur le terrain et jouer son jeu parce que c’est pour ça qu’on est appelé en équipe nationale.
Le Sénégal s’est qualifié pour le prochain Afrobasket avec un carton plein 6 sur 6. Qu’est-ce qui a été le plus marquant ?
Avec les moyens mis en œuvre, je pense que c’est un bilan exceptionnel. On a bien travaillé. On a surtout fait le paquet au Sénégal en réussissant un carton plein. Il nous reste maintenant d’être focus sur l’Afrobasket. J’espère qu’on aura le financement nécessaire afin d’avoir une bonne préparation pour ce tournoi. Une bonne préparation ne garantit certes pas le trophée de l’Afrobasket mais elle te donne plus de chances de le remporter. Toutes les grandes équipes qui veulent gagner l’Afrobasket font une bonne préparation.
Dans quels secteurs l’équipe pourrait s’améliorer au vu des deux fenêtres ?
Une bonne préparation peut nous aider à nous améliorer. Le temps de préparation se ressent sur le rendu durant une compétition. Il faut plus d’un mois de préparation pour que les joueurs se connaissent bien et qu’il y ait une cohésion d’équipe. Durant les deux fenêtres, l’équipe s’est rassemblée deux ou trois jours avant le premier match. On ne peut vraiment pas tout analyser dans ces conditions. Mais quand on s’entraîne plus d’un mois, on verra nos atouts mais aussi les lacunes qu’on pourra corriger. On saura alors tout ce qu’on a pour bien analyser et avancer.
En 2021, le Sénégal a été médaillé de bronze. C’était votre premier Afrobasket. Qu’est-ce qui vous a fait défaut en demi-finale face à la Côte d’Ivoire ?
Notre préparation a un peu joué sur notre performance. Ce n’était pas une grande préparation parce qu’on devait jouer le Tournoi de qualification olympique en Allemagne. Mais on avait malheureusement des cas de Covid et on n’avait pas pu jouer ce tournoi. On est restés à l’hôtel sans pouvoir nous entrainer. On est ensuite rentrés au Sénégal. On a repris quelque temps après les entrainements. Certains joueurs dont moi-même avaient le Covid. On avait fait toute notre préparation à Dakar. On a aussi joué des matchs amicaux contre la Guinée, le Rwanda et une sélection locale. C’était une préparation moyenne parce que l’idéal aurait été de nous préparer hors du Sénégal pour bien se concentrer et jouer contre d’autres équipes. Cela aurait pu nous aider. Malgré tout, on n’a pas fait un mauvais Afrobasket parce qu’on s’est arrêté en demi-finale. C’est le sport, on peut gagner comme aussi on peut perdre. Mais on ne peut pas blâmer la préparation parce qu’on peut bien se préparer et ne pas gagner.
Pensez-vous que l’équipe a les moyens d’aller chercher la 6ème étoile du Sénégal ?
Bien sûr que oui ! Je crois même qu’on pouvait gagner la dernière édition de l’Afrobasket. Je me disais que si on avait gagné la demi-finale, on allait gagner la finale. Mais c’est le sport, tu gagnes ou tu perds. On a les atouts pour gagner le prochain Afrobasket. Mais sur quelles bases ? Il faut une bonne préparation, être professionnel dans tout ce que l’on fait. On peut le gagner comme on peut ne pas le gagner mais on a des chances d’aller jusqu’au bout.
Entre joueurs, est-ce que vous discutez souvent de cette longue disette parce qu’entre 1997 et aujourd’hui, beaucoup de temps s’est écoulé ?
Bien sûr ! On ne veut pas jouer jusqu’à la fin de notre carrière sans remporter de titre, surtout pour notre génération. On veut coûte que coûte gagner, même si c’est une fois. On fera tout pour réussir cela.
Entre un sacre à l’Afrobasket et un titre à l’EuroCup, lequel choisirez-vous ?
Je choisirais l’Afrobasket parce qu’il est probablement plus facile de remporter l’EuroCup. Mais même sans cela, je choisirais à 100% l’Afrobasket.
De Saltigué au Barça en passant par Manresa et aujourd’hui Valence, quels sont les moments forts dans ces différents clubs ?
C’est à Saltigué où j’ai fait toutes mes classes. On m’a surclassé de minime à cadet puis de cadet à senior. C’est le seul club dans lequel j’ai joué au Sénégal. J’ai eu des moments forts là-bas parce qu’on avait réussi la montée en première division avec l’équipe mais on avait joué aussi une demi-finale de Coupe du Sénégal. J’ai eu de bons souvenirs là-bas. Au Barça, j’ai été surclassé et j’alternai l’équipe B et l’équipe première ; cela m’a permis d’apprendre beaucoup de choses aux côtés de Diego Ocampo qui est l’actuel entraineur de mon ancien club, Manresa. Il m’a beaucoup aidé parce que je m’entrainai avec lui chaque soir même si on s’entrainait le matin avec le club. Il m’a aidé à jouer sur le pick and roll, dans la vision du jeu, à faire des passes avec la main gauche parce qu’on a tendance en Afrique à faire les passes avec seulement la main droite. On n’utilise que la main forte. On a beaucoup travaillé sur ça. J’ai eu de beaux souvenirs là-bas parce qu’avec l’équipe B on a réussi la montée en deuxième division. Avec l’équipe première, on a eu aussi à gagner des matchs de Coupe du Roi.
Après l’Afrobasket 2021, le club ne voulait pas me garder définitivement dans l’équipe A et voulait me prêter. Ce que je ne voulais pas parce que le coach qui était là-bas avait rejoint Francfort. J’ai donc quitté le Barça pour le rejoindre en Allemagne. J’avais réussi là-bas une belle et solide saison. J’ai ensuite signé à Manresa presque à la fin de la saison parce que je n’ai joué que 3 matchs avant la fin. J’y suis resté pendant deux autres saisons. La première saison a été très difficile parce que le début de saison a été compliqué et on jouait le maintien. Mais, on s’est rebiffé dans la seconde partie de saison et on est remonté au classement. Pour ma deuxième et dernière saison pleine, l’équipe a montré un tout autre visage, totalement différent de la précédente. On a fait une bonne présaison en se hissant en finale du tournoi de notre zone contre le Barça qui nous a battus difficilement. Durant cette saison, on est allé battre le Barça et le Real Madrid. On a aussi eu un bon parcours en Coupe du Roi. On a même joué les play-offs.
J’ai eu un bon coach à Manresa (Pedro Martinez). C’est lui qui est mon entraineur actuel à Valence. C’est un grand coach qui m’a beaucoup aidé dans l’aspect tactique. Il m’a intégré dans son système de jeu en me montrant comment je dois jouer. Il m’a mis à l’aise, dans un certain confort parce qu’il permet de bien utiliser mes atouts et mes qualités pour que je puisse faire ce que je peux sur un terrain. Il m’a beaucoup aidé sur cet aspect. Vu qu’on joue pratiquement le même basket à Valence et à Manresa, ça va et on aspire à gagner un titre cette année.
Quelles sont vos qualités ?
J’utilise un peu ma vitesse en plus de bien manier le ballon. Parfois j’ai l’adresse, parfois je ne l’ai pas (rires), cela dépend des jours. Il est plus facile pour moi de déborder mes défenseurs avec ma vitesse.
Après avoir regardé la phase de Dakar, Me Augustin Senghor, président de la Fédération sénégalaise de football, avait demandé pourquoi Brancou ne jouait pas en NBA. Cela fait partie de vos rêves ?
Tout basketteur rêve de jouer en NBA. Mais moi-même je ne sais pas pourquoi cela ne s’est pas encore réalisé. Je pense que ce sont juste des opportunités à saisir. Chacun avec son destin. Dieu en a décidé ainsi. Je me sens bien là où je suis et je rends grâce à Dieu.
Les projets de Brancou pour le Sénégal et Saltigué ?
Je ne sais pas encore parce que c’est confus. À Saltigué, des anciens comme Issa Laye et coach Tapha Kane ont repris l’équipe et essaient d’aider le club. Moi aussi j’essaie d’apporter mon aide pour relever Saltigué et le faire remonter en première division. Parce que le basket meurt petit à petit à Rufisque alors que c’est une ville de basket.
Une reconversion comme entraîneur après votre carrière de joueur, cela vous dit ?
Je ne le crois pas. Le basket est un sport difficile. Les gens pensent que c’est facile de nous voir jouer régulièrement. Mais il y a toute une charge mentale derrière. Pour être coach, il faut aussi tout le mental nécessaire pour gérer. Je suis aussi fatigué des voyages. Un basketteur voyage tout le temps. Cela ne te permet pas d’avoir une vie de famille. Je ne crois pas que je serai coach.
En tant que joueur professionnel, comment arrivez-vous à surmonter cette charge mentale entre le club et la sélection ?
C’est pour cela qu’on a parfois besoin de se déconnecter parce qu’on peut jouer pendant deux ou trois semaines sans avoir un jour de repos. Quand on en a, on essaie d’être dans une bulle et d’oublier tout ce qui est basket. On essaie de profiter au max de la famille. Ce jour de repos doit servir de décharge mentale et savourer ces moments.
Beaucoup de jeunes s’identifient aux sportifs comme vous. Quel est le conseil que vous leur prodiguez ?
Qu’ils croient en eux, s’entrainent dur et étudient. C’est cela la base. Quand les opportunités vont se présenter, ils seront prêts à les saisir. Il y a aussi le facteur chance qui compte dans le monde du basket. Mais quand tu es prêt au moment opportun, tu as 99% de chance de réussir.
Mor Bassine NIANG
- Gorgui et Cie m’ont fait comprendre comment bien représenter le Sénégal
- De Saltigué à Valence, j’ai beaucoup progressé par la grâce de Dieu
- Je dis aux jeunes de rester naturel sur le terrain et jouer leur basket…
- Je choisirai à 100% l’Afrobasket à la place de l’EuroCup avec Valence
- La NBA est un rêve mais je me sens bien là où je suis…
- Contribuer à la renaissance de Saltigué de Rufisque
- Aux jeunes, je leur dis d’étudier et de savoir saisir les opportunités